La lutte dans l’Égypte antique et la Mésopotamie
La lutte serait elle l’art martial le plus ancien du monde ? Si l’on tente de plonger dans les racines de la lutte, son histoire est sans nulle doute intimement liée à celle de la guerre. Lutter, c’est mettre en opposition deux hommes, dualité de deux corps, chacun tentant de prendre le dessus sur l’autre. Mettre au sol, son adversaire par la force ou la technique, ou bien les deux conjugués, est le but que se fixe les deux lutteurs. En temps de paix, on prépare la guerre, la lutte n’est elle pas un moyen efficace d’entrainer des soldats, sans pour autant qu’ils se blessent. En luttant, sans se porter de coup, ils se préservent. Lorsqu’on observe ces représentations datant de l’Égypte antique, ci-dessous, on ne peut que être stupéfait par la panoplie de techniques présentées. 2100 ans avant JC, lutter était déjà assurément un art, ces peintures murales venant de la nécropole de Beni Hasan, témoignent d’une grande variété de saisies, de projections, de position de contrôle. Ces hommes de l’antiquité avait déjà pensé l’efficacité dans le mouvement.

La Mésopotamie : l’épopée de Gilgamesh
C’est le premier grand récit de l’humanité, dont certaines tablettes cunéiformes font même référence à un déluge, une grande inondation. Dans ce récit la rencontre entre Gilgamesh et d’Enkidu se fait par un combat, une lutte. Là où il y a deux hommes, il y a un corps à corps, rapport de force, rapport de domination. Comment ne pas y voir aussi, un élan des plus primitifs, et pour autant, capable d’accompagner l’homme dans son élévation. Un jour gagnant, un jour perdant, le corps humain dans son printemps, déploie toutes ses capacités et habilités. Lutter pour se défendre et finalement se transformer en une meilleur version de soi-même. S’améliorer pour mieux défendre l’identité de son peuple.
Ci-dessous une sculpture en bronze, représentant deux lutteurs datation 2900 ans avant JC, ils portent deux jarres sur la tête, est-ce une représentation d’une lutte dans le cadre d’une cérémonie ? Ces jarres sont elles seulement des portes encens peut-être ?

La lutte de Jacob contre l’Ange

On ne peut s’empêcher de visualiser le tableau d’Eugène Delacroix qui se trouve dans l’église du Saint Sulpice, lorsqu’on évoque ce passage biblique où Jacob affronte l’Ange. Ils luttent âprement, à la suite de ce combat, Jacob est appelé Israël ce qui veut dire littéralement « celui qui a lutté avec Dieu ». Je vais me tenter à quelques interprétations, est-ce que cette lutte signifie que Jacob tente de dompter son animalité ? Ici on ne parle pas d’un combat à mort, mais d’une mêlée entre deux hommes. On peut aussi y voir une dimension cathartique, la lutte comme un défouloir, l’exutoire du mauvais penchant. L’homme en luttant se rectifie. Il part à la rencontre de lui-même, lutter c’est vivre l’obstacle, le subir physiquement.
La terre nous en apprend plus long sur nous que tous les livres. Parce qu’elle nous résiste. L’homme se découvre quand il se mesure avec l’obstacle.
Saint-exupery « terre des hommes »
Dans la veine de cette citation de Saint-Exupéry, la lutte prodigue un enseignement qu’aucun livre ne pourra délivrer, lutter c’est expérimenter le réel, c’est transpirer, inspirer, expirer et coordonner ses mouvements en réponse à ceux de son adversaire. Un adversaire c’est l’altérité indispensable pour qu’un combat puisse avoir lieu, combat physique, combat spirituel.
La lutte : Japon et Chine
La tradition des combats de Sumo ne fait qu’un avec le religion Shinto, les lutteurs Sumo participaient à s’attirer les faveurs d’un Kami, afin que les récoltes soient bonnes. Deux sumos s’affrontant, c’était peut-être l’occasion de dissiper les tensions sociales.

Les combats de Sumo ont peut-être commencé dès l’an 500 après JC au Japon. La filiation se serait faite avec un art martial chinois apparu sous la dynastie des Zhou 1200 an avant JC, le Jiaoli 角力, des soldats auraient imiter des combats d’animaux, puis progressivement le Jiaoli aurait été codifié. Plus tard cet art martial fut renommé Shuai Jiao

La lutte est universelle, semble t’il, n’est elle un moyen simple d’unifier les hommes entre eux, quand deux hommes luttent, ils ne parlent plus, ils vivent et expérimentent la Vie.
La lutte et l’Inde
Dans le Mahabharata datant des derniers siècles avant JC, de nombreux personnages de ce récit sont des lutteurs.


Lutte géorgienne : Chidaoba
Difficile de dater cette lutte traditionnelle, mais lorsque l’on connait l’importance que revêt la lutte chez le peuple du Caucase, on ne peut être que sûr que son existence remonte loin, très loin dans le temps.
La lutte Chidaoba aurait pu servir aussi de moyen pour mettre fin à une guerre, deux armées se faisant face, pouvait choisir leur meilleur lutteur afin qu’ils s’affrontent. Finalement c’est un moyen efficace pour éviter de faire couler le sang. Une autre légende raconte, que deux lutteurs géorgiens avait été envoyés en Mongolie pour affronter les meilleurs lutteurs à la époque des conquête de Gengis khân, ils auraient gagnés, mais finalement auraient été massacré par les mongoles. Une fresque leur est dédié dans une église en Géorgie.

La lutte Mongol
La lutte est pilier central dans la culture mongole.

Tour du monde avec différentes luttes traditionnelles
Le Sénégal et ses célèbres lutteurs

La lutte turque Yağlı güreş, qui signifie « lutte à l’huile »

Lutte : Grèce antique et jeux olympiques
C’est la lutte telle qu’elle fut pratiquée dans les premiers jeux olympiques dans la Grèce antique, qui est la mère des formes de luttes modernes, encore pratiquées en compétition internationale.

Au travers de cet article, je voulais compiler différentes sources, et montrer à quel point la lutte coexiste avec les premiers récits de l’humanité. Peut être que dès le néolithique elle était présente. Comment ne pas imaginer que les hommes néandertaliens ou bien les premiers homo sapiens luttaient déjà ? La lutte a une dimension unique, une activité qui a commencé 30 000 ans, 40 0000 avant JC et qui en 2026 est toujours pratiquée. Les formes modernes de la lutte, comme la Luta livre au Brésil, la survivance de la lutte gréco-romaine, attestent que la lutte et l’humanité, sont les deux faces d’une même médaille. Dans notre monde moderne, la lutte revêt-elle encore une dimension spirituelle ? J’aurais envie de dire que la lutte participe à rendre les hommes bons, enfin, c’est un vœu pieux.
