Jadis certains hommes d’état furent exilés…
Note de lecture : Une réflexion sur Marseille, entre philosophie stoïcienne et nécessité de l’exil dans les calanques.
Jadis certains hommes d’état furent exilés, loin des capitales desquelles ils devinrent influents. C’est le cas de Sénèque (4 av J-C / 65 apr J-C) ce philosophe stoïcien, qui a ses dépends fut à la fois précepteur de l’empereur Néron, sénateur et consul en charge de la politique de l’empire romain.
Je ne rentrerais pas dans les détails de sa biographie, mais un épisode de sa vie, l’entraina loin de Rome. Il fut congédié en Corse. On peut se demander si cette solitude forcée fut bénéfique ? Quitter l’agitation de l’agora, couper net avec les bruits incessants, la foule, les marchants ambulants, les clameurs festives en marge des jeux du cirque… La ville antique ne devait pas être si éloignée de nos villes actuelles.
La leçon de Sénèque
Sénèque dans une de ses lettres à Lucilius, cet ouvrage composé de sa correspondance épistolaire avec un disciple qui marche dans ses pas, tient une position intéressante. En ce sens, qu’il exhorte Lucilius à habiter au cœur du tumulte de la ville. Il lui explique qu’une retraite dans un lieu calme, n’est pas propice à la mise en situation des préceptes stoïciens.
Avec des termes modernes, on pourrait se permettre de penser, qu’il lui demande de « quitter sa zone de confort ». Mais quand se sont les évènements qui nous contraignent à l’exil, sommes-nous obligés d’en faire bon gré contre mauvaise fortune ?
Marseille : le besoin d’exil
Cette longue introduction était nécessaire pour donner la couleur de mon ressenti par rapport à Marseille, à sa manière elle nous force à l’exil dans les calanques. Ces calanques qui l’encerclent, si seulement comme un désert envahissant, elles pouvaient recouvrir entièrement la ville !
Les fléaux dont souffre Marseille sont nombreux :
- Circulation chaotique.
- Dépotoir à ciel ouvert.
- Embouteillages (un terrain d’affrontement qui va au-delà des querelles entre automobilistes).
C’est l’affrontement entre une urbanisation pensée au 19ème siècle devant absorber le trafic routier du 21ème siècle ! Du lundi au vendredi vers 17h, c’est le coup de feu d’une course qui est tiré, l’enjeu ; rentrer frénétiquement le plus rapidement chez soi.
La réalité derrière le filtre Instagram
Quelques mots sur la saleté, elle fait partie du décorum. Elle est omniprésente, à telle point qu’on l’oublie. Arpenter une rue parfaitement propre, est tellement improbable, qu’en faire l’expérience, questionne sur la possibilité d’avoir franchie une porte vers la 4ème dimension.
Des sacs de poubelles abandonnés ça et là, des goélands querelleurs dont le métier consiste à les éventrer, pour laisser au Mistral le soin des les éparpiller. Oui, Marseille n’est pas cette cité méditerranéenne fantasmée via le prisme déformant de filtres Instagram. C’est plutôt un bateau à la dérive, qui aurait dû sombrer depuis longtemps, si par chance, elle ne s’était pas échouée sur cet immense vestige calcaire de l’ère glaciaire, les calanques !
Les Calanques : Lieu sacré
C’est un lieu sacré. Il suffit souvent de marcher une vingtaine de minutes dans la garrigue, depuis le Redon par exemple, ou bien Luminy, les Goudes, pour ne plus entendre aucune manifestation sonore de Marseille. La ville n’existe plus durant cet exil accessible.
Y-a-t-il une ville en France aussi peuplée que Marseille, où l’on peut se télétransporter dans un paysage crétois en si peu de temps ?
Au plus j’y pense, je réalise que je n’aime pas cette appellation calanques de Marseille, elles existaient bien avant la naissance de la ville. Sans les calanques, Marseille serait une prison à ciel ouvert. La frontière invisible qui sépare les quartiers sud des quartiers nord, s’estompe momentanément quand les Marseillais portent leur regard vers les sommets du Mont Puget, des mont Saint-Cyr Carpiagne.
Le cycle des saisons dans le massif :
- Au printemps : les fleurs, les papillons, le thym, le romarin agissent comme le meilleur des antidépresseurs.
- En hiver : battues par un mistral glacial, elles deviennent un rite de passage.
- En été : elles sont en relief du réel, le calcaire miroir des rayons du soleil, électrise les corps.
- A l’automne : l’alternance de cieux maussades invite à l’introspection.
Sans les calanques, Marseille ne serait rien et sans Marseille les calanques seraient encore plus belles (surtout lorsqu’on voit les immeubles de la Rouvière, cette immense résidence, verrue sur les pentes de nos montagnes provençales). Elles sont l’exil nécessaire, pour échapper à la fièvre consumériste, l’opportunité d’oublier quelques instants la décadence ambiante.




Heureusement que nous avons ces merveilleuses calanques inscrites au patrimoine mondial de l’Unesco, des joyaux maritimes
Pour tout le reste, oui, Marseille doit se nettoyer se laver se transformer