
Un peu de poésie et de légèreté
La légèreté, c’est ce que j’ai ressenti lors de ma rencontre inattendue avec ce Moro-sphinx, une fin d’après-midi à Marseille. On le surnomme le papillon colibri. Son vol stationnaire silencieux, ses battements d’ailes véloces et cette longue trompe interpellent instantanément. Pourtant, à quelques encablures du métro Dromel, j’étais le seul à le contempler. Autour de moi, jeunes gens et travailleurs pressés, écouteurs sur les oreilles, filaient sans prêter attention à cette merveille de la nature.
Je me demandais : est-il en danger ? Il butinait un lavandin à quelques mètres du boulevard, va-t-il s’élever haut dans les airs ensuite ? Il pourrait se faire percuter par une voiture, un scooter… Quelle drôle d’époque, toutes ces personnes incarcérées dans leur voiture, prisonnières de boîtes de conserve, une prison sensorielle !
Qui, depuis sa voiture, aurait pu distinguer ce Moro-sphinx, quand les passants, eux-mêmes rivés sur leur smartphone, l’ignoraient ? Car c’est cela le plus étonnant, au-delà de la dimension zoologique : pourquoi l’ai-je vu ? Pourquoi le fait de poser mes yeux sur lui m’a-t-il fait voyager et quitter un instant ce monde plat ?
Un Moro-sphinx sur son chemin est une porte à ouvrir. Un petit caillou blanc du Petit Poucet, le papillon devenant un messager, une expression visible de la réalité des forces invisibles.
Marseille et la nature
Jamais je n’ai vu une ville avec une diversité aussi riche et une population aussi peu connectée à cette nature. Tant de Marseillais de souche qui appellent nos goélands des mouettes, mais une mouette, c’est tellement plus gracieux et subtil qu’un goéland agressif et querelleur. Enfin, qu’importe, ce n’était qu’un exemple. Ce Moro-sphinx isolé que je contemplais semblait me dire : rien n’a changé, je suis là, dans ma quiétude, en symbiose avec ce lavandin. Ce vacarme que tu perçois, il est dans ta tête d’homme du XXIe siècle. Aujourd’hui, j’écris ce court article, comme jeter à la mer une bouteille avec un message, mes impressions broyées dans le fracas de l’algorithme de Google. Je suis sûr que nombre de ces passants auraient pris plaisir à voir glisser ce Moro-sphinx, une parenthèse de calme au sein de leur journée chargée. La douceur de ces battements d’ailes, pour autant cadencés à 70-80 battements par seconde, diffuse un champ magnétique, une onde de joie sans cause. Les papillons sont des œuvres d’art vivantes, fragiles et magiques. Nous voulons les voir vivre et prospérer.

Magnifique écrit sur notre écartèlement entre le trajet que nous devons prendre pour survivre et les meilleures rencontres que nous y faisons qui nous permettent de ne pas oublier notre âme