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Le mont Férion sous la pluie

L’arrière-pays niçois est une expression chargée de sens. S’aventurer au nord de Nice, c’est découvrir un territoire sauvage. Nos villes modernes et leurs bruits incessants cherchent à nous faire oublier la possibilité de la fuite hors de leur enceinte. Alors, décider de gravir le mont Férion sous la pluie est une manière simple de s’assurer de ne croiser personne. Nous ne sommes pas en Allemagne ou dans un pays scandinave : quelques gouttes de pluie suffisent pour que le sudiste de base se confine. Le mont Férion ce jour-là était sombre. Des nuages inquiétants et intrigants couraient sur la ligne d’horizon. Depuis le village de Coaraze, il faut prendre un chemin de randonnée ; ce chemin démarre quelques dizaines de mètres après une maison bleu pastel. Derrière cette randonnée d’apparence accessible se cache un beau dénivelé : la randonnée démarre vers 680 mètres, et en quelques kilomètres, nous serons à 1400 mètres. Les pentes sont plutôt raides et, avec ces nuages épais, la marche prit rapidement une autre dimension. D’abord sur un ton humoristique : pourquoi donc payer des abonnements dans des salles de sport urbaines ? Pourquoi se cloîtrer entre quatre murs comme des rongeurs malades ? Grimper le mont Férion provoque un bel effort physique, tout en s’imprégnant des odeurs de la nature. Et ce jour-là, l’odeur de la pluie se mêlait profondément à nos âmes, l’odeur de la pluie et l’éternel présent ne formaient plus qu’un seul mot : vivant !

Le mont Férion et transition de paysage

Après 400 mètres de dénivelé positif, au moment de dépasser les 1000 mètres, le pin d’Alep commença à se faire plus discret, et des sapins commencèrent à jalonner le chemin. Pour autant, thym et romarin étaient toujours bien là ! Ce mont Férion semblait hors du temps avec cette pluie. Des hommes de l’Antiquité l’avaient-ils déjà escaladé ? Assurément que oui. Et les montagnes à perte de vue tout autour, étaient-elles déjà là ? Assurément que oui. Finalement, ce décor éclairé par nos yeux, notre conscience, vivait déjà dans notre intériorité. Contempler ces paysages dénués de construction humaine, c’est communier avec les hommes et les femmes qui passèrent par là un jour. Vers 1200 mètres d’altitude, le village de Coaraze n’était plus que de petites briques rouges parsemées sur une colline abandonnée…

Ce temps lourd, ces nuages épais et bas, m’avaient interdit d’imaginer une rencontre avec des oiseaux, seulement quelques petits passereaux chantaient discrètement de temps en temps. Qui pouvait prendre plaisir à glisser sous des cieux aussi maussades ? Le grand corbeau ! Deux masses dans le silence planaient. Ils volent par deux, mâle et femelle, comme des partenaires de crime. On aurait dit que le grand corbeau était le seul habitant de cette contrée lointaine. Je pensais, en voyant ces forêts de conifères tapissant des pentes dangereuses, que des autours des palombes devaient peut-être vivre quelque part.

Le sommet du Mont Férion enfin en vue, après un effort soutenu de 2 heures, laissait présager une pause méritée.

Le sommet et les vents furieux

Au sommet, force est de constater que la civilisation nous rappelle qu’elle existe : une sorte de station météorologique. Comme dépassant une frontière invisible, maintenant nous rentrons dans le royaume du vent, des vents ! Car ils semblaient tourbillonner, changeant sans prévenir de direction. Respirer devient plus intense, des esprits de l’air récitant des incantations incompréhensibles ! Ah, le mont Férion sous la pluie, qu’est-ce que c’est beau ! Et puis il y a un refuge, au pied d’une petite tour de guet. Une porte donne sur une petite pièce munie d’une cheminée. Bien que la fraîcheur domine, les corps se réchauffent vite derrière ces murs épais. Le mont Férion est une évasion authentique, et par temps pluvieux, c’est une nécessité de s’y rendre !

Ari Abihssira

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